Educateur à l’AC Boulogne-Billancourt mais aussi professeur d’EPS et responsable d’une section sportive Football, Olivier ALBEROLA est en charge de la catégorie U15 du club (DH, DSR, Div 1 et Div 5). Educateur depuis maintenant 9 ans et utilisateur GOALTIME depuis 3 saisons, il nous présente un aperçu de sa méthodologie de travail.

Comment se décline le projet du club sur la catégorie U15 ?

La catégorie U15 est la dernière des 3 années (U13 U14 U15) du pôle préformation. L’objectif n°1 reste la passion et le plaisir à travers le football de compétition.

A l’image d’artisans, il s’agit de transmettre des convictions liées à une certaine approche du football. Celle-ci vise à optimiser le potentiel de TOUS les joueurs. Faciliter leur expression afin que tous puissent atteindre LEUR plus haut niveau et non pas le haut niveau, voire le très haut niveau …

En d’autres termes rendre le joueur meilleur mais surtout autonome dans sa pratique du football.

Dans cette optique et d’un point de vue collectif, ce qui nous importe le plus est l’évaluation de la progression de l’équipe dans ce processus qui doit l’amener vers la victoire. C’est notre opinion.

En paraphrasant Marcelo Bielsa, « ce qui importe c’est le chemin qui mène vers la victoire plus que la victoire elle-même ».

L’observation et l’évaluation du contenu d’un match n’est pas toujours simple. Quelle est ton approche et comment celle-ci a évolué ces dernières saisons ?

J’ai la chance d’être associé au développement des équipements GOALTIME depuis presque 3 saisons et donc de disposer d’éléments « objectifs » qui me permettent de suivre la progression des joueurs. D’ailleurs les rares fois où les joueurs ne sont pas équipés je me sens « démuni »…

A l’issue des matchs, les données collectées viennent « préciser » mon impression à « chaud », voire la contredire complètement…

Etant cette année sur la 3ème génération de joueurs du club utilisant GOALTIME (2000, 2001 et cette saison 2002), nous commençons à avoir un certain nombres de repères.

Ces repères nous permettent d’avoir une meilleure compréhension des exigences de notre modèle de jeu mais aussi et surtout de l’adapter le plus possible aux besoins des joueurs.

Cela nous permet d’appréhender, de manière plus « naturelle », le caractère non linéaire de l’acquisition de compétences pour les joueurs et donc de leur performance !

Cette prise de recul indispensable nous aide à éviter au maximum les discours trop souvent entendus comme : « Nous n’avons pas une bonne génération », « la génération précédente était meilleure, plus technique, plus ceci ou plus cela…. »

Les réseaux de passes ont pris une place importance dans ton évaluation d’un match. Comment t’en sers tu ?

La représentation des réseaux de passes me permet de voir quelles ont été les principales interactions entre les joueurs sur le terrain. Nous cherchons à avoir le réseau de passe le plus large, le plus profond et le plus « connecté » possible.

Au fil des semaines celui-ci va passer de 2/3 joueurs principalement concernés pour tendre vers les 11 joueurs.

Au cours de ce long processus d’apprentissage pour les joueurs, je vais être très attentif à des éléments comme l’influence des centraux dans la construction, la récurrence de leurs interactions avec les joueurs évoluant dans les 2 couloirs intérieurs et le couloir central, etc.

Ci-dessous, voici un comparatif du réseau de passe de la génération 2001 lors de son dernier match, comparé au dernier match amical de début de saison de la génération 2002. La différence est flagrante !

Comparaison Génération 2002 (début de de saison) vs 2001 (fin de saison) 

ACBB - Génération 2002 - Passmap

ACBB - Génération 2001 - Passmap

Raynald Denoueix parle de joueurs qui doivent être connectés au jeu en partant du principe que pour s’exprimer, l’équipe doit au minimum avoir 7/8 joueurs connectés au jeu.

Francisco Seirul·lo Vargas (Responsable de la méthodologie au FC Barcelone) oppose la notion « d’actions » à celle d' »interactions ». La première réduit le football à une succession d’actions sans lien les unes avec les autres et la seconde, au contraire, embrasse son caractère complexe. En clair, l’observation des interactions entre le joueur, la tâche et son environnement est une des clés pour appréhender le jeu comme un tout dynamique.

En ce sens, la représentation visuelle des réseaux de passes nous permet d’illustrer ces interactions et de suivre leur évolution match après match.

Concrètement, à l’issue du match, quel usage fais-tu des données recueillies  ? Sont-elles partagées avec les joueurs et dans quel cadre ?

A l’issue de chaque match, en parallèle du rapport automatiquement généré par l’application, je rédige des commentaires associés à toutes les données collectives et individuelles : ballons, distances, sprints, temps de jeu ainsi que les circuits préférentiels de passes. A cela j’ajoute une note individuelle sur 5 ainsi qu’un commentaire individuel. L’objectif étant que les joueurs abordent la semaine suivante avec le retour le plus complet possible sur les axes à travailler et ceux ou cela a mieux fonctionné.

Exemple de rapport post-match (les prénoms ont été modifiés)

Ce rapport est un élément essentiel puisqu’il a aussi pour objectif de légitimer les thématiques des cycles d’entrainement en s’appuyant sur ce qui a été réalisé en match. Aussi la programmation annuelle est devenue plus réactive aux besoins du groupe. Ainsi, les contenus d’entraînement sont dans l’ensemble les mêmes d’une saison à l’autre mais l’ordre dans lequel ils sont abordés peut être différent afin de répondre aux mieux aux attentes de la « génération ».

Après 3 saisons, que dirais-tu à un éducateur ou un club qui souhaite utiliser GOALTIME ?

Pour moi, utiliser GOALTIME a été une opportunité de faire évoluer mon cheminement d’éducateur de football. Cela est venu conforter ma volonté de :

  •  faire évoluer mon approche du Football en accédant à des données objectives et très souvent inconnues jusqu’alors sur mes équipes. Autant de données qualitatives et quantitatives qui me permettent d’évaluer l’évolution de l’équipe et de me projeter sur les évolutions à apporter.
  •  ne plus être seul et partager la réflexion technique avec d’autres éducateurs mais aussi et surtout avec les joueurs. Ainsi en prenant en compte des données objectives et « externes » à l’équipe il est possible de poser les bases d’une réflexion collective et partagée, à laquelle chacun peut contribuer.
  • développer la relation joueur-entraîneur en donnant accès aux joueurs à un retour et une évaluation sur leur performance. Ce feedback permet de donner du sens à ce qui est attendu et permet d’impliquer le joueur dans le projet collectif, tant sur le plan humain que technique. Finalement, tenter d’installer le joueur comme noyau central de son apprentissage.

Posté par Alilou Issa

(Re)découvre le football avec des lunettes 3D